Le 16 août 1944, la ville de Chartres est enfin libérée de l’occupation nazie par les troupes américaines et les résistants locaux. C’est un moment de joie immense, mais aussi de chaos. Dans les jours qui suivent, une fureur populaire éclate contre ceux qui ont collaboré avec l’ennemi. C’est le début de ce que les historiens appellent l’épuration sauvage.

Le traitement le plus cruel est réservé aux femmes accusées de “collaboration horizontale”, c’est-à-dire d’avoir eu des relations sentimentales ou sexuelles con des soldats allemands. Pour les punir et les marquer d’infamie, la foule les tond en public, leur peint des croix gammées sur le front et les force à défiler sous les insultes, les crachats et les rires de la population.

Simone Touseau de 23 ans a le crâne complètement rasé, porte un simple vêtement d’été et marche la tête baissée, le regard fuyant. Elle travaillait comme interprète pour les forces allemandes et était tombée amoureuse d’un soldat de la Wehrmacht.

Simone serre contre elle son enfant, Catherine, âgée de seulement quelques mois, née de son amour avec le soldat allemand.

Juste derrière elle, on aperçoit sa mère, elle aussi tondue pour les mêmes raisons, et son père, qui porte un ballot contenant leurs quelques affaires de fortune, chassés de leur maison par les voisins.

Simone Touseau est accusée de trahison et passe deux ans en prison préventive. Cependant, les enquêtes approfondies de l’époque ne trouvent aucune preuve qu’elle ait été une espionne ou qu’elle ait dénoncé des membres de la Résistance. Elle est finalement libérée, mais sa vie est brisée.

Incapable d’échapper à ce stigmate et à la dépression, Simone Touseau s’éteint dans l’anonymat en 1966, à l’âge de 44 ans seulement.