
Le tableau illustre la fin tragique et digne du philosophe athénien Socrate en 399 av. J.-C., telle que son disciple Platon l’a racontée dans le dialogue du Phédon. Condamné injustement par les tribunaux d’Athènes pour “corruption de la jeunesse” et “impiété”, Socrate refusa l’opportunité de fuir en exil que ses amis lui avaient préparée. Il choisit d’accepter sa sentence de mort pour démontrer son respect absolu des lois de la Cité, transformant son exécution en sa dernière grande leçon de philosophie.
Situé au centre, le philosophe de 70 ans est représenté avec un corps idéalisé, athlétique et musclé, rappelant les héros de l’Antiquité. D’une main, il s’apprête à saisir la coupe de ciguë (le poison) sans même la regarder, tandis que de l’autre, il pointe fermement le ciel, symbolisant sa foi dans l’immortalité de l’âme et la vérité de ses idées. Sa posture droite domine la pièce.
L’homme chargé de lui remettre le poison porte une tunique rouge et apparaît complètement effondré de douleur, cachant son visage dans son bras gauche, accablé par l’injustice de l’acte qu’il est contraint d’accomplir.
Ses compagnons (comme Criton, qui pose affectueusement sa main sur le genou de Socrate) sombrent dans les larmes, le désespoir et la faiblesse émotionnelle, incapables d’égaler la sereine force d’âme du philosophe.
À l’extrême gauche, assis le dos tourné à Socrate, apparaît Platon, représenté vieux, pensatif et la tête basse. Dans la réalité historique, Platon était un jeune homme à ce moment-là et n’était même pas présent lors de l’exécution car il était malade. David l’a peint âgé pour signifier que tout le tableau est, en réalité, le souvenir ou la mise en images des écrits de Platon.
Au fond du couloir, gravissant les marches de la prison, on aperçoit un groupe de femmes qui s’éloigne. Parmi elles se trouve son épouse, Xanthippe, qui salue tristement de la main. Socrate avait ordonné qu’elle soit raccompagnée bien avant pour éviter que ses pleurs n’interrompent la solennité de l’ultime débat philosophique.
David a peint ce tableau dans les années qui ont immédiatement précédé le déclenchement de la Révolution française. Le public bourgeois et les intellectuels de l’époque ont lu la toile comme une critique puissante contre la corruption et la tyrannie du système monarchique absolutiste. La figure de Socrate s’est transformée en symbole parfait du citoyen exemplaire qui préfère mourir plutôt que de corrompre ses principes ou de céder face aux injustices d’un gouvernement corrompu.